Certaines des meilleures aventures entrepreneuriales commencent par des problèmes simples à régler. Pour Ahmed Hadjeres, fondateur et ingénieur principal en électricité chez ProductShop, le problème était limpide : il adorait les spectacles, mais n’arrivait jamais à mettre la main sur des billets.

Cette recherche de concerts gratuits l’a amené à créer une technologie de contrôle d’accès qui allait être adoptée par Tomorrowland, Lollapalooza et même les Jeux olympiques, avant d’être acquise par Eventbrite. Dans le plus récent épisode du balado What The Tech, Hadjeres raconte son parcours atypique, de jeune étudiant en génie à fondateur d’un studio de création de startups, et explique pourquoi l’écosystème d’innovation montréalais a besoin de plus de soutien, malgré un bassin de talents de calibre mondial.

Des billets gratuits à la technologie événementielle

L’aventure technologique de Hadjeres commence dès sa première année en génie électrique à l’ÉTS, à Montréal. Un ami lui mentionne que son entreprise d’événements cherche une solution matérielle pour ses portiques de contrôle d’accès RFID. Hadjeres saute sur l’occasion.

« Je me suis improvisé consultant en ingénierie, même si je venais à peine de commencer mes études », se rappelle-t-il avec franchise.

Ce mandat improvisé s’est transformé en entreprise, qui a fini par fournir la technologie de contrôle d’accès à certains des plus grands événements au monde. L’élément déclencheur? Constater que bien des entreprises avec de bonnes idées peinent à bâtir la technologie pour les réaliser.

« La plupart des entreprises qui ont un bon modèle d’affaires sont nulles pour bâtir la technologie elle-même », explique Hadjeres. « Elles vivent ce déclic : “Je suis bon en affaires, mais je n’ai aucune capacité technique. Je vais bâtir une équipe.” Mais bâtir une équipe d’ingénierie, ce n’est pas juste embaucher quelques ingénieurs. Il y a toute une culture à créer autour de ça. »

Un retour inattendu et un virage COVID

L’histoire de ProductShop passe par le kitesurf, des vols de dernière minute et beaucoup d’improvisation en pleine pandémie. En février 2020, Hadjeres fait du kitesurf à Cabarete avec des amis quand la COVID commence à tout fermer. Après un périple chaotique, des vols annulés et un détour imprévu par Toronto, il se retrouve coincé à Montréal chez ses parents.

Avec les événements interdits et le modèle d’affaires d’Eventbrite soudainement non viable, Hadjeres prend une décision. « Je me dis : j’ai pas de job, j’ai un toit, j’ai rien à faire. Je suis coincé à la maison, alors pourquoi ne pas bâtir des trucs cool? »

Son objectif est simple : rassembler une équipe d’ingénieurs pour bricoler des solutions. Côté financement? Il commence avec ses propres moyens, puis mise sur des mandats de consultation pour financer le développement de produits internes.

« L’objectif a toujours été de bâtir de la propriété intellectuelle et d’investir dans plusieurs projets », insiste Hadjeres. « On ne facture pas à l’heure, on facture au projet. Donc on prend le risque. »

Un de leurs premiers projets illustre bien cette approche créative et audacieuse : « Defeat by Tweet », une plateforme qui faisait automatiquement des dons au Parti démocrate chaque fois que Trump tweetait. Le concept s’appuyait sur la psychologie politique : « On peut mobiliser beaucoup plus d’énergie en disant “je te déteste” qu’en disant “je t’aime”. » La plateforme a permis d’amasser plusieurs millions en dons.

À partir de là, ProductShop a élargi ses activités, collaborant avec des clients comme Caterpillar et Meow Wolf, et passant à 12 employés répartis entre le matériel, le logiciel et l’infrastructure événementielle.

Le défi montréalais : du talent, mais peu de capital

Malgré le succès de ProductShop, Hadjeres porte un regard lucide sur l’écosystème d’innovation montréalais. Le talent est là — des ingénieurs et entrepreneurs de calibre mondial — mais le capital et la culture du risque accusent un sérieux retard par rapport à d’autres marchés.

« La base fiscale à Montréal est affamée », observe Hadjeres. « Les investisseurs en amorçage sont quasi inexistants ou très petits. Ceux qui sont là sont excellents, mais il manque de diversité dans l’écosystème. »

Le plus révélateur? 90 % des revenus de ProductShop proviennent de clients américains. Même s’il est basé à Montréal et adore la ville, Hadjeres peine à décrocher des contrats locaux, alors qu’il en signe en Ontario et en Colombie-Britannique.

« Quand on fait un pitch au Québec, c’est vraiment difficile », explique-t-il. « Je vois une vraie barrière à la prise de risque pour les grandes entreprises envers les plus petits joueurs — ça ne se produit tout simplement pas. »

Il compare avec l’Espagne, où, malgré moins d’argent et un marché plus petit et très réglementé, les entrepreneurs continuent de foncer et de bâtir. À Montréal, la stratégie de sortie typique reste la vente à une entreprise américaine, plutôt que de bâtir des géants locaux durables.

Il y a tout de même des signes encourageants — Hadjeres cite Triptych Fund, fondé par d’anciens entrepreneurs montréalais partis dans la Silicon Valley et qui reviennent maintenant changer la donne. Mais l’écosystème a besoin de plus d’investisseurs prêts à miser sur le talent local.

RS&DE : un levier essentiel, mais des délais imprévisibles

Pour ProductShop, les crédits d’impôt RS&DE ont été vitaux. Après cinq ans de demandes, il apprécie la compétitivité du programme par rapport aux alternatives américaines, mais pointe un irritant majeur : l’imprévisibilité des délais de versement.

« C’est une question de chance », dit-il à propos du timing RS&DE. « Parfois, j’ai été payé en moins d’un mois. D’autres fois, ça a pris 12 mois, même sans vérification. »

Pour une entreprise qui gère serré sa trésorerie — entre les coûts de fabrication, les comptes fournisseurs et les salaires des employés — cette incertitude complique la gestion. L’expérience récente de Hadjeres illustre bien la frustration : la portion fédérale a été versée en moins d’un mois, mais la portion provinciale, pourtant plus petite, est toujours en attente neuf mois plus tard, sans vérification.

Sa solution? Permettre aux entreprises de recevoir les versements tout au long de l’année, plutôt qu’en un seul paiement au moment imprévisible. « Si le programme était bien structuré, ils pourraient faire des versements mensuels », suggère-t-il. « Ça aiderait à lisser la courbe, parce que pour une entreprise comme la mienne, tout tourne autour du flux de trésorerie. »

La critique s’étend aux autres programmes de financement gouvernementaux. Hadjeres raconte avoir lu des guides de subvention qui « semblent écrits par quelqu’un qui n’a jamais monté une entreprise », avec des formulaires de 70 pages qui exigent des compétences en rédaction technique, plutôt qu’en ingénierie.

« Techniquement, je suis un spécialiste. Je sais de quoi je parle », souligne-t-il. « Mais quand je vois les exigences des documents, je me dis : c’est vraiment loin de ce à quoi je m’attendais. »

Le modèle de studio de capital-risque en action

ProductShop fonctionne comme un studio de capital-risque : on imagine des idées, on teste le marché, puis on fait croître les opérations, autant pour les projets clients que pour les initiatives internes. L’équipe prend des participations dans plusieurs entreprises de son portefeuille, dont la valeur varie de moins de 10 millions à près d’un milliard de dollars.

Parmi les projets phares en ce moment :

Phynx : une entreprise basée à Los Angeles qui développe des systèmes d’exploitation unifiés pour les salles de spectacle et les festivals. En collaboration avec Insomniac, l’un des plus grands groupes événementiels aux États-Unis, Phynx regroupe des systèmes logiciels auparavant dispersés — billetterie, listes d’invités, gestion des tables, points de vente — pour offrir des solutions complètes et intégrées.

Billfolds : un système de point de vente (POS) basé à New York, conçu spécifiquement pour les événements et déployé dans des lieux majeurs comme le Brooklyn Garage. ProductShop conçoit leur matériel, ce qui permet de tester et d’améliorer rapidement les produits en situation réelle.

Ces partenariats illustrent la force de ProductShop : une expertise technique de haut niveau qui permet de concrétiser rapidement des idées innovantes, tout en ayant un réel intérêt dans le succès grâce à la prise de participation.

Cap sur l’avenir

Alors que ProductShop poursuit sa croissance, Hadjeres garde le cap sur la création de propriété intellectuelle, le soutien aux clients innovants et la défense d’une amélioration des programmes gouvernementaux qui aident les startups à survivre et à passer à l’échelle.

Son parcours, de l’étudiant fauché qui voulait assister à des spectacles au fondateur de studio de capital-risque, démontre une vérité entrepreneuriale fondamentale : les meilleures solutions naissent souvent de nos propres besoins. Et parfois, la meilleure façon d’avancer, c’est simplement de bâtir ce qu’on rêve de voir exister.

Discutez dès aujourd’hui avec un expert de Boast AI pour découvrir comment nous aidons des entreprises innovantes comme ProductShop à maximiser leurs crédits d’impôt RS&DE grâce à des processus prévisibles et un accompagnement qui parle votre langage technique.