Dans le plus récent épisode de What the Tech de Boast, nous avons eu le plaisir de retrouver Daniel Shum, CTO de CTK Bio. Cette entreprise fabrique les matériaux et produits les plus durables au monde à partir de résidus végétaux valorisés. Les produits de CTK sont 100 % compostables à la maison ou 100 % recyclables après consommation, ce qui aide des leaders comme Cisco, Gordon Food Services et TriMark à atteindre leurs objectifs ESG tout en restant rentables et écoresponsables.

Daniel a été l’un de nos tout premiers invités lors du lancement du balado, et nous avions hâte de savoir ce qui avait changé depuis notre dernière discussion à la fin de 2023. La réponse? Beaucoup de choses—surtout un jalon majeur qui transforme la façon dont CTK opère et prend de l’expansion.

La révolution de la relocalisation

La grande nouvelle chez CTK Bio, c’est qu’ils ont réussi à rapatrier la fabrication en Amérique du Nord. À première vue, ça peut sembler banal, mais le contexte montre à quel point c’est un changement de cap majeur.

Avant, CTK produisait ses résines et granulés au Canada, puis les expédiait en Corée où des transformateurs (des entreprises qui transforment la matière première en produits finis) fabriquaient les produits finaux—qui étaient ensuite renvoyés en Amérique du Nord.

« Ce n’est pas parce qu’on le voulait », explique Daniel. « Mais à l’époque, on n’avait pas d’autres options. Les nouveaux matériaux, peu de transformateurs voulaient s’y risquer. Ils étaient hésitants. »

La percée est venue grâce à des partenariats stratégiques avec des transformateurs au Canada et aux États-Unis. CTK peut maintenant produire ses matériaux et ses produits finis localement, ce qui réduit considérablement son empreinte carbone tout en accélérant la mise en marché et en améliorant la rentabilité.

« Notre transformateur canadien est littéralement à côté. On fabrique la résine, puis on traverse la porte d’à côté pour produire les articles. C’est fou! »

Cette relocalisation s’inscrit parfaitement dans la mission de CTK : accélérer la transition mondiale vers des matériaux durables. Après tout, à quoi bon fabriquer des produits écologiques si on brûle du carbone à les expédier partout sur la planète?

Bâtir un écosystème

Ce qui a rendu cette transformation possible, ce n’est pas seulement de trouver des fabricants—c’est de bâtir tout un écosystème de partenaires qui partagent les valeurs et la vision à long terme de CTK.

Daniel a raconté une conversation avec un PDG partenaire, un grand-papa semi-retraité, qui résume bien la philosophie derrière ces relations : « Tout l’argent qu’on fait dans cette vie, ce n’est même pas vraiment pour nous. Peut-être même pas pour mes enfants, mais pour les générations à venir. Alors pourquoi ne pas s’unir et mener ce combat ensemble? »

Cette approche écosystémique touche toute la chaîne d’approvisionnement :

  • Fournisseurs de résidus végétaux
  • Scientifiques des matériaux qui développent les formulations
  • Transformateurs qui fabriquent les produits finis
  • Partenaires financiers comme Boast qui soutiennent les crédits d’impôt à la R-D
  • Clients d’entreprise engagés envers des objectifs de développement durable

L’ingrédient clé? La transparence. CTK joue cartes sur table avec ses partenaires : marges, coûts, exigences de prix. Parfois les marges sont de 5 à 10 %, parfois de 20 à 40 %—ça dépend du projet. Mais en étant transparent sur ce que chacun doit obtenir pour gagner, on bâtit des relations de collaboration plutôt que des négociations adverses.

Les percées en R-D

CTK repousse les limites sur deux grands fronts :

L’innovation dans le compoundage

Côté compoundage (combiner différents matériaux pour créer de nouvelles formulations), CTK travaille beaucoup avec le chanvre et l’agave, réussissant à intégrer jusqu’à 50 % de ces matières végétales dans diverses applications.

« Au début, on pensait que c’était aussi simple que de mélanger deux ingrédients », admet Daniel. « Mais évidemment, ce n’était pas si simple. Il y a beaucoup de travail pour bien marier ces deux ingrédients. »

Le défi, ce n’est pas juste de créer des matériaux performants—c’est de s’assurer qu’ils fonctionnent sur les équipements existants, à la même cadence que les plastiques traditionnels. Si votre matériau durable ralentit la production, ça coûte plus cher et ça freine l’adoption.

CTK part toujours des besoins du client :

  • Quel prix le client est-il prêt à payer?
  • Comment définit-il la durabilité pour son application?
  • Quelle formulation offre le meilleur équilibre entre performance, durabilité et coût?

La synthèse à partir de déchets

La plus grande percée concerne la synthèse—fabriquer leurs propres matériaux directement à partir de résidus végétaux, sans dépendre de matières premières importées.

« L’objectif à long terme, c’est de ne plus dépendre de ces fournisseurs », explique Daniel. « On a commencé la synthèse il y a environ deux ans, et on a réussi à le faire à l’échelle du laboratoire. »

Prochaine étape? Passer du labo à la production pilote, ce qui est visé d’ici 12 à 24 mois. L’objectif ultime : la synthèse à l’échelle commerciale, pour une chaîne d’approvisionnement entièrement intégrée au Canada.

Ce niveau de R-D—des expérimentations systématiques pour résoudre de vraies incertitudes technologiques—c’est exactement ce que les programmes comme le RS&DE au Canada et les crédits d’impôt à la R-D aux États-Unis sont conçus pour soutenir.

Les idées reçues sur la durabilité

Un des aspects les plus éclairants de notre discussion a été la perspective de Daniel sur la façon dont la durabilité est souvent mal comprise.

« Personne ne comprend vraiment ce que veut dire durabilité », note-t-il. « Il n’y a pas de solution unique. »

CTK simplifie la discussion en se concentrant sur deux questions clés :

  • Veut-on réduire l’empreinte carbone?
  • Veut-on s’attaquer au problème des déchets plastiques?

Oui, il existe des solutions qui font les deux—mais il faut s’attendre à payer plus cher. Si le budget est limité, qu’est-ce qui compte le plus pour votre organisation? À partir de là, CTK trouve la bonne solution matérielle.

La plus grande idée reçue? Le caractère « durable » d’un matériau dépend souvent moins du matériau lui-même que de l’infrastructure en aval. Votre région a-t-elle une bonne gestion des déchets? Des installations de tri? Les centres de recyclage ont-ils la technologie pour traiter ce matériau?

« Cet aspect-là est presque plus important que le matériau lui-même. »

C’est pourquoi CTK n’impose pas sa propre définition de la durabilité à ses clients—ils fournissent des données et aident les clients à prendre des décisions éclairées selon leur réalité locale, leur infrastructure et leurs priorités.

Le partenariat avec Boast

En tant que client de Boast qui profite des crédits d’impôt RS&DE, CTK incarne parfaitement le type d’innovation que ces programmes veulent encourager. Ils ne font pas qu’optimiser des matériaux existants—ils développent de nouveaux procédés de synthèse, s’attaquant à de vraies incertitudes technologiques sur la transformation des résidus végétaux en matériaux performants.

Daniel décrit le partenariat comme « sans accroc » et « de mieux en mieux » grâce à un accompagnement accru, des processus fluides et des délais de traitement plus courts. Mais au-delà de ça, il voit Boast comme un acteur clé de l’écosystème :

« J’ai vraiment l’impression que si j’avais d’autres questions ou des demandes hors du processus de déclaration, votre équipe ferait tout pour me mettre en contact avec les bonnes personnes. C’est presque un partenariat stratégique sur lequel je peux compter. »

Le programme RS&DE lui-même a été crucial pour la réussite de CTK. « Sans ça, on ne serait pas rendus où on est aujourd’hui, du moins pas aussi vite », souligne Daniel. Pour une entreprise lancée en 2017-2018 avec « juste une idée » de deux fondateurs sans formation en chimie ou en ingénierie, le financement gouvernemental non dilutif a été essentiel pour prolonger leur marge de manœuvre financière et accélérer la R-D.

Prochaines étapes

La priorité pour les 12 à 24 prochains mois est claire : faire passer la synthèse cellulaire du labo à la production pilote, puis viser l’échelle commerciale. CTK pourra alors fabriquer ses propres matériaux à partir de déchets, aussi proches que possible des plastiques traditionnels.

Quand ce sera fait, CTK aura atteint une vraie intégration verticale—contrôlant toute la chaîne, des résidus végétaux au produit fini, entièrement en Amérique du Nord.

Pour Daniel, le succès, c’est d’entrer dans n’importe quel magasin avec ses deux filles et de voir des produits faits à partir des matériaux CTK. « Mes enfants le font déjà parfois dans certaines chaînes de restaurants », dit-il. « C’est vraiment cool. J’aimerais juste voir ça partout. »

À retenir

La relocalisation, c’est stratégique – Rapprocher la production des clients améliore à la fois les indicateurs de durabilité et l’efficacité d’affaires. Ne sacrifiez pas votre mission environnementale par souci de commodité opérationnelle.

Bâtissez un écosystème, pas juste des partenariats – Entourez-vous de gens qui partagent vos valeurs et votre vision à long terme. La transparence sur les marges et les coûts favorise la collaboration.

La durabilité n’est pas universelle – Aidez vos clients à comprendre les compromis entre la réduction du carbone et la gestion des déchets. Offrez des données, pas des dogmes.

Les crédits d’impôt pour la R-D propulsent l’innovation – Pour les entreprises qui font de la vraie expérimentation, des programmes comme le RS&DE peuvent vraiment prolonger leur marge de manœuvre financière et accélérer la croissance.

L’infrastructure compte autant que les matériaux – Souvent, c’est la gestion des déchets en aval qui détermine si un matériau « durable » l’est vraiment dans les faits.

Écoutez l’épisode complet