Dans notre plus récent épisode de What the Tech de Boast, nous avons rencontré Dion Kelly, cofondatrice et PDG de Possibility Neurotechnologies, pour discuter des interfaces cerveau-ordinateur, de l’importance de sortir de sa zone de confort et de la façon dont les programmes de financement non dilutifs au Canada propulsent l’innovation en neurotechnologie.

Le parcours de Dion sort de l’ordinaire. Toute jeune, elle tenait des kiosques de limonade, transformait des vêtements usagés pour les vendre dans les marchés locaux dès l’âge de 10 ans, et prévoyait aller à l’école de mode. Finalement, elle est devenue l’une des rares chercheuses au monde expertes en interfaces cerveau-ordinateur, puis a fondé une entreprise qui rend l’interaction par la pensée accessible à tous.

Son premier produit, Think2Switch™, c’est « un peu comme Siri, mais pour vos pensées ». Il traduit les signaux cérébraux captés par des casques disponibles sur le marché en commandes concrètes, ce qui vous permet de contrôler un ordinateur, des jouets ou des objets intelligents simplement par la pensée.

Et ils s’apprêtent à lancer l’application sur l’App Store dans les prochaines semaines.

De la mode aux neurosciences : Apprivoiser l’inconfort

Dion n’a jamais pensé qu’elle bâtirait une entreprise. « Pendant longtemps, je ne me voyais pas du tout comme une entrepreneure. Mais avec du recul, je pense que j’ai toujours eu cet esprit-là. »

À la fin du secondaire, elle prévoyait postuler au programme de mode de l’Université Ryerson. Elle avait monté un portfolio artistique, suivi tous les cours d’art, fait un voyage d’études à New York.

« Ensuite, j’ai suivi des cours de sciences juste pour le plaisir, parce que je trouvais ça fascinant. J’adorais la chimie, la biologie. »

Après une année sabbatique à voyager (cinq mois en Australie et un voyage sac au dos en Asie du Sud-Est), elle s’est posé la grande question : Qu’est-ce que je veux vraiment faire de ma vie?

« Je me souviens m’être demandé : quelles sont mes chances de vraiment percer dans la mode? C’est un milieu ultra compétitif. Je ne savais pas si c’était réaliste. J’ai donc décidé de jouer la carte de la sécurité. Je me suis dit qu’avec les sciences, j’aurais beaucoup plus d’options et de débouchés. »

Le déclic s’est produit à Bali.

« Je me rappelle mon arrivée en Asie du Sud-Est, à Bali. J’ai eu un choc culturel énorme. Je me sentais complètement dépaysée. L’aéroport était chaotique. J’étais très inconfortable — et j’ai adoré ça. J’aimais ce sentiment d’inconfort, et le fait de devoir m’y habituer. Voyager et découvrir de nouvelles cultures, ça développe vraiment cette capacité. »

Cette mentalité (apprivoiser l’inconfort) est au cœur de l’entrepreneuriat. C’est un thème qui revient chez les innovateurs les plus inspirants de notre balado, et c’est ce qui a permis à Dion de passer de la mode aux neurosciences, puis à la création d’une entreprise en neurotechnologie.

Le problème : la technologie laisse des gens de côté

La mission de Dion chez Possibility Neurotechnologies s’appuie sur les droits humains fondamentaux reconnus par l’ONU. Chacun devrait pouvoir s’exprimer, se connecter aux autres et participer pleinement à la vie.

Mais il y a un écart. L’Organisation mondiale de la santé a publié un rapport sur la technologie d’assistance qui reconnaît que ceux qui font face aux plus grands obstacles pour accéder à la technologie sont les personnes ayant les handicaps les plus importants et les enfants.

« Il existe de nombreux casques de détection cérébrale sur le marché pour différents usages — la plupart du temps pour la méditation, parfois pour le suivi du sommeil. Mais il n’y a pas vraiment de casque grand public conçu pour l’interface cerveau-ordinateur, où l’on contrôle réellement quelque chose par la pensée. »

C’est exactement ce que Possibility développe.

La solution : Think2Switch™

Think2Switch™ traduit les signaux cérébraux captés par des casques disponibles sur le marché en commandes concrètes. Vous pouvez contrôler un ordinateur, des jouets ou des objets intelligents simplement par la pensée.

« On se positionne comme une technologie grand public, parce qu’on veut que Think2Switch soit accessible à toute personne qui souhaite essayer l’interaction par la pensée. On ne le développe pas pour un profil précis, mais on le conçoit main dans la main avec des utilisateurs souvent laissés pour compte par la technologie. »

Avec qui ils travaillent : Des utilisateurs ayant des besoins de soutien importants (handicaps moteurs, troubles de la communication) et des enfants, car ils sont souvent exclus des innovations.

« Si on développe notre technologie en pensant à eux, elle devrait convenir à la majorité des gens. »

La philosophie : « On travaille en étroite collaboration avec des enfants atteints de paralysie cérébrale quadriplégique et leurs familles pour s’assurer que tout ce qu’on fait se fait avec eux et non simplement pour eux. »

L’écosystème de Calgary : pourquoi Dion est restée

Quand nous avons demandé à Dion l’importance du soutien de l’écosystème, sa réponse était sans équivoque :

« C’est pour ça que je suis restée à Calgary. C’est pour ça que j’ai choisi d’y bâtir mon entreprise. »

Toute sa famille est en Ontario. Après son doctorat, rien ne la retenait à Calgary, sauf l’écosystème d’innovation.

« On a reçu énormément de soutien de tous les programmes de l’Université de Calgary, de plateformes comme Platform Calgary, CDL Rockies, du gouvernement de l’Alberta, de l’Ontario Brain Institute, du MaRS Discovery District à Toronto et de la Cerebral Palsy Alliance en Australie. »

Platform Calgary en particulier a fourni à Possibility la communauté et les ressources qui lui ont permis de passer de la recherche au produit.

Le financement non dilutif : un vrai catalyseur

Un des points clés de notre discussion : les programmes canadiens de financement non dilutif ont été essentiels à la croissance de Possibility.

« Je tiens à souligner les opportunités incroyables qu’on a ici au Canada grâce à la diversité des programmes de financement non dilutif. Je suis vraiment reconnaissante pour tout le financement auquel on a eu accès, car il nous a permis de développer et de valider notre technologie avant de lever notre première ronde d’investissement l’été dernier. Maintenant, on se prépare pour la prochaine ronde cet été. »

Programmes mentionnés :

  • Crédits d’impôt RS&DE
  • Programme MITACS (accueil d’étudiants et de nouveaux diplômés passionnés)
  • Subventions du gouvernement de l’Alberta
  • Soutien de Platform Calgary

Pourquoi c’est important : « Ces subventions ont été inestimables pour nous. Les programmes et crédits d’impôt créent un cercle vertueux — ils récompensent les entreprises qui relèvent des défis technologiques que le gouvernement souhaite encourager. Si vous continuez à bénéficier de ces programmes, c’est que vous atteignez le haut niveau d’exigence de l’ARC, preuve que vous innovez réellement. »

Prochaine étape : lancement sur l’App Store dans les prochaines semaines

L’année dernière a été déterminante pour Possibility. L’équipe a repensé la façon d’offrir sa plateforme technologique et a développé une application mobile.

« On se prépare à lancer l’application sur l’App Store dans les prochaines semaines. C’est une étape majeure pour notre équipe. »

Ils ont collaboré avec un réseau exceptionnel d’utilisateurs précoces partout dans le monde — aux États-Unis, au Canada, en Australie, à Singapour et au Royaume-Uni — qui ont aidé à faire de Think2Switch un produit qui répond vraiment aux besoins des gens, et qui, on l’espère, dépassera leurs attentes.

« On est prêts à le lancer et à le rendre accessible à un plus grand nombre de personnes. »

Points clés à retenir  

Apprivoiser l’inconfort – Voyager, vivre des chocs culturels, entreprendre ; la capacité d’embrasser l’inconfort, c’est ce qui permet d’innover et de grandir.

Avec eux, pas seulement pour eux – Développer la technologie main dans la main avec les utilisateurs ayant les besoins les plus importants garantit qu’elle sera accessible à tous.

Interfaces cerveau-ordinateur grand public – Think2Switch rend l’interaction par la pensée accessible à tous, pas seulement aux utilisateurs spécialisés.

Le soutien de l’écosystème fait toute la différence – Platform Calgary, les programmes de l’Université de Calgary et les soutiens à l’innovation au Canada ont été essentiels à la croissance de Possibility.

Le financement non dilutif ouvre la porte à l’équité – Les crédits RS&DE, le programme MITACS et les subventions gouvernementales ont permis à Possibility de valider sa technologie avant de lever sa première ronde d’investissement.

Le cercle vertueux – Les programmes gouvernementaux récompensent l’incertitude technologique, preuve que vous innovez vraiment, ce qui attire les investisseurs.

L’inclusion des enfants et des personnes en situation de handicap mène à de meilleurs produits – Concevoir pour les utilisateurs souvent laissés pour compte permet de créer des produits qui conviennent à tous.

Écoutez l’épisode complet

Vous voulez entendre toute l’histoire de Dion — comment elle a commencé à transformer des vêtements usagés à 10 ans, pourquoi elle a choisi les neurosciences plutôt que la mode, et comment Possibility Neurotechnologies rend l’interaction par la pensée accessible?

Écoutez l’épisode complet de What the Tech, présenté par Boast.