L’Ontario vient d’officialiser une annonce attendue depuis longtemps par l’industrie de la défense et de l’aérospatiale.
Le 28 mai 2026, le gouvernement de l’Ontario a présenté le cadre de sa toute première Stratégie industrielle de défense (ODIS), une vision sur 10 ans pour faire croître l’industrie de la défense et positionner les entreprises et travailleurs ontariens comme piliers du secteur canadien.
L’annonce, faite à CANSEC à Ottawa, marque le coup d’envoi d’une transformation industrielle sur plusieurs années qui crée de nouvelles occasions stratégiques pour les entreprises ontariennes menant de la vraie R-D, en complément direct des programmes fédéraux existants.
Voici ce que propose l’ODIS, pourquoi c’est important, et comment ajuster votre stratégie de financement de l’innovation.
Pourquoi l’Ontario agit maintenant
Le moment est bien choisi : la Stratégie industrielle de défense fédérale (DIS) a été lancée en février 2026 avec 6,6 milliards $ en financement confirmé et un cadre national, mais laissait la place aux provinces pour définir leur propre rôle.
L’Ontario a agi rapidement, et l’occasion économique est difficile à ignorer.
Dans le cadre de la DIS fédérale, les dépenses annuelles de défense au Canada pourraient atteindre 150 milliards $ d’ici 2035. À l’échelle mondiale, ce chiffre pourrait grimper à 6,6 billions $ sur la même période.
L’Ontario compte plus de 300 entreprises de défense employant plus de 13 000 travailleurs et générant plus de 5 milliards $ de revenus annuels, mais cette présence est bien en deçà du potentiel réel de la province dans un marché en forte croissance.
Il y a aussi un enjeu de main-d’œuvre, puisque les emplois dans la défensepaient en moyenne 60 % de plus que dans le secteur manufacturier en général. Pour un gouvernement ontarien confronté aux perturbations commerciales causées par les tarifs américains, miser sur la défense offre à la fois une stabilité d’emploi à court terme et un avantage concurrentiel à long terme.
Les quatre piliers du cadre ODIS
La Stratégie industrielle de défense de l’Ontario repose sur quatre piliers :
- Renforcer la base industrielle de l’Ontario.L’objectif est de préparer les entreprises de défense et à double usage de l’Ontario à profiter de la hausse des dépenses fédérales et alliées. On veut aider les manufacturiers existants (dont plusieurs n’ont jamais visé de contrats de défense) à comprendre comment leurs capacités répondent aux besoins du secteur, et soutenir les investissements nécessaires pour y arriver.
- Posséder l’avenir.Le cœur de cette mission : faire de l’Ontario l’endroit où les industries et technologies de demain sont créées, développées et commercialisées, pour permettre aux entreprises de se démarquer dans un secteur de défense en pleine évolution. L’ODIS cible notamment l’aérospatiale, les systèmes autonomes, le quantique, l’IA et l’espace comme secteurs prioritaires, en alignement direct avec les priorités fédérales.
- Accroître la portée à l’exportation.Cette initiative vise à positionner l’Ontario comme fournisseur de choix auprès du gouvernement fédéral et de ses alliés pour les technologies et équipements de défense et à double usage. La participation du Canada à l’initiative SAFE de l’UE(dans le cadre de l’approche OTAN Readiness 2030) signifie que les entreprises ontariennes peuvent désormais soumissionner sur de grands projets européens de défense appuyés par jusqu’à 244 milliards $ en prêts alliés — une ouverture de marché dont la plupart des entreprises n’ont pas encore pleinement profité.
- Bâtir une chaîne d’approvisionnement intégrée.On invite ici les entreprises locales et internationales à miser sur la force de l’Ontario en minéraux critiques et en fabrication avancée pour bâtir une chaîne d’approvisionnement de défense résiliente et intégrée verticalement. Le secteur des minéraux critiques, déjà stratégique pour les batteries et la technologie propre, est explicitement positionné comme intrant à double usage pour la fabrication de défense.
Ces quatre piliers seront appuyés par des mesures ciblées de développement de la main-d’œuvre. Le cadre servira aussi de base à des consultations avec les municipalités, le milieu universitaire et les acteurs de l’industrie dans les prochaines semaines et mois, afin d’ajuster la stratégie selon les commentaires reçus.
Ce que cela signifie concrètement : les cibles économiques
Le gouvernement ontarien a chiffré ses ambitions. D’ici 2035, ces occasions pourraient permettre de créer43 000 emplois bien rémunérés, générer 6 milliards $ pour l’économie provinciale et plus de 400 millions $ en revenus fiscaux provinciaux annuels.
Le secteur de la défense en Ontario représente35 % de l’activité nationale de défense en termes d’emplois, et la provincevise à faire croître cette main-d’œuvre en créant 43 000 emplois dans l’ensemble de l’économie.
À noter :L’ODIS est pour l’instant un cadre stratégique, pas encore un ensemble complet de programmes financés. Les incitatifs précis, les périodes de subventions et les outils d’investissement seront annoncés au fur et à mesure que la stratégie passera de la consultation à la mise en œuvre plus tard en 2026.Les entreprises devraient surveiller ces annonces et se positionner dès maintenant.
La structure de financement R-D pour les entreprises de défense en Ontario
Voici comment l’ODIS peut avoir un impact direct sur vos résultats financiers.
La stratégie de défense de l’Ontario crée un contexte stratégique pour l’investissement en innovation, mais c’est le système existant de crédits d’impôt fédéraux et provinciaux à la R-D qui offre le retour financier immédiat. Pour les entreprises basées en Ontario, cette combinaison est parmi les plus avantageuses au pays.
RS&DE fédéral — la base
Le programme fédéral de RS&DE demeure la pierre angulaire du financement. Depuis les bonifications de 2026, les SPCC admissibles peuvent maintenant récupérer jusqu’à 2,1 M$ en crédits remboursables annuels sur les premiers 6 M$ de dépenses admissibles, et les immobilisations corporelles utilisées directement en R-D sont de nouveau admissibles. Pour tous les détails,consultez notre article sur la complémentarité entre la RS&DE et la DIS fédérale.
Crédit d’impôt ontarien à l’innovation (OITC) — le supplément provincial
L’OITC est uncrédit d’impôt provincial remboursable de 8 % sur les dépenses admissibles de RS&DE, offert aux SPCC de l’Ontario dont le capital imposable est inférieur à 50 millions $. En combinant le crédit fédéral de 35 % et l’OITC de 8 %, les entreprises peuvent récupérer jusqu’à 43 % de leurs coûts R-D admissibles. Pour la majorité des entreprises de défense et d’aérospatiale de l’Ontario qui font de la R-D, réclamer les deux est la norme (et devrait l’être).
Crédit d’impôt ontarien pour la recherche et le développement (ORDTC) — pour les entreprises rentables
L’ORDTC offre jusqu’à3,5 % des dépenses admissibles de RS&DE en Ontario sous forme de crédit provincial non remboursable, qui s’ajoute au crédit fédéral de RS&DE et à l’OITC. Ce crédit nécessite une société rentable pour en profiter, mais pour les contracteurs de défense établis avec un revenu imposable, il permet de récupérer encore plus sur les coûts de R-D.
Crédit d’impôt ontarien pour la recherche en entreprise (OBRITC)
Pour les entreprises qui font de la R-D en partenariat avec des instituts de recherche admissibles en Ontario, un crédit remboursable de 20 % est offert sur les dépenses admissibles de recherche sous contrat. Les entreprises de défense et d’aérospatiale qui collaborent avec des universités ou des installations du CNRC devraient évaluer leur admissibilité à l’OBRITC.
Programmes DIS fédéraux — la couche prospective
RDII, DI Assist et la plateforme Défense de la BDC s’ajoutent à ces crédits d’impôt, sans les remplacer.Les programmes DIS financent généralement des activités prospectives (prototypage, intégration à la chaîne d’approvisionnement, commercialisation), tandis que la RS&DE et les crédits ontariens permettent de récupérer une partie des coûts de R-D déjà engagés. Les programmes sont conçus pour être utilisés ensemble.
L’Ontario n’est pas seul : un portrait national et provincial
Si l’ODIS est la stratégie provinciale de défense la plus structurée à ce jour, le portrait canadien est encourageant pour les entreprises de plusieurs régions.
Le Québec est parmi les plus actifs. Développement économique Canada pour les régions du Québeca versé près de 33,7 M$ en contributions liées à la DIS à 28 projets touchant la fabrication aérospatiale (Héroux-Devtek), l’informatique quantique (Anyon Systems) et l’IA pour l’aéronautique (Beslogic), entre autres.Le Québec dispose d’une enveloppe RDII de 64,9 M$ sur trois ans, administrée par DEC, qui cible spécifiquement les PME en aérospatiale et technologies à double usage. Les entreprises québécoises peuvent aussi combiner le CDAE-IA(le crédit d’impôt provincial pour l’IA en commerce électronique) avec la RS&DE pour les projets d’IA admissibles en R-D.
L’Alberta se mobilise aussi.PrairiesCan a annoncé un investissement fédéral combiné de plus de 9,3 M$ par l’entremise du RDII pour les entreprises albertaines, finançant des plateformes de drones, des amplificateurs de puissance haute fréquence, la fabrication d’électronique de défense et des systèmes de câbles militaires. La province a aussiinvesti 21 M$ pour stimuler le secteur de la défense en Alberta, avec un accent particulier sur l’aide aux manufacturiers des secteurs de l’énergie et de la construction pour convertir leurs capacités avancées en contrats de défense.
La tendance est la même partout : la DIS fédérale agit comme catalyseur, et les provinces ajoutent leurs propres stratégies industrielles et programmes régionaux. Pour les entreprises actives dans ces régions, la combinaison des programmes fédéraux, des crédits provinciaux à la R-D et du financement régional DIS crée une pile de financement plus complète (et plus généreuse) qu’on n’a vue depuis longtemps.
Qui devrait prêter attention en Ontario
L’ODIS va bien au-delà de la défense pure. L’accent sur les technologies à double usage est intentionnel : les entreprises ontariennes qui développent des solutions pour les marchés commerciaux (IA, systèmes autonomes, cybersécurité, fabrication avancée, quantique) pourraient déjà être admissibles, même sans contrat ou client de défense.
Si votre entreprise fait l’une des activités suivantes, l’ODIS et la DIS fédérale méritent votre attention :
- Développement ou fabrication de composants ou plateformes aérospatiales
- Conception de systèmes autonomes, drones ou plateformes robotiques
- Développement d’applications d’IA à potentiel sécuritaire ou de surveillance
- Production de capteurs avancés, de matériel de communication ou de systèmes électroniques
- Opérations de fabrication de précision avec des systèmes de qualité de niveau défense
- Développement de technologies quantiques ou des infrastructures numériques à haute fiabilité
- Fournir des minéraux critiques ou des matériaux transformés aux chaînes d’approvisionnement manufacturières
Et pour chacune de ces activités, la vraie question n’est pas seulement de savoir si l’ODIS s’applique, mais aussi si vos dépenses de R-D génèrent déjà des crédits RS&DE, si vos crédits provinciaux de l’Ontario sont pleinement réclamés en parallèle, et si des programmes DIS comme le RDII ou DI Assist devraient faire partie de votre stratégie de financement pour 2026.
À retenir
L’ODIS de l’Ontario est aujourd’hui un cadre stratégique. Les programmes et instruments de financement précis qui en découleront seront annoncés à la fin des consultations plus tard cette année, mais le message stratégique est clair, et la structure de financement fédérale et provinciale existe déjà.
Pour les entreprises de défense et d’aérospatiale en Ontario, la meilleure approche en ce moment est double : suivre de près l’évolution de l’ODIS à mesure que la stratégie se précise, et s’assurer que vous réclamez tous les crédits RS&DE et provinciaux de l’Ontario auxquels vous avez droit.
Boast a aidé plus de 2 000 entreprises au Canada et aux États-Unis à récupérer plus de 900 millions de dollars en crédits d’impôt pour la R-D. Nous travaillons directement avec des entreprises en aérospatiale, fabrication avancée et technologies à double usage pour que chaque activité admissible soit identifiée, bien documentée et défendable, le tout appuyé par notre garantie de défense à 100 % en cas de vérification.
Si vous êtes une entreprise ontarienne qui navigue entre l’ODIS, la DIS fédérale et votre stratégie de crédits R-D, nous aimerions discuter avec vous. Contactez un spécialiste Boast pour cartographier vos dépenses actuelles de R-D par rapport à l’ensemble des programmes fédéraux et provinciaux disponibles.