Dans notre plus récent épisode de What the Tech de Boast, nous avons rencontré Melvin Newman, PDG et cofondateur de Patabid, pour discuter de la façon dont l’IA transforme l’estimation en construction et pourquoi l’innovation dans ce secteur est plus cruciale qu’on le pense. 

Le parcours de Melvin sort de l’ordinaire. Ingénieur mécanique autodidacte en réseaux neuronaux, il a appris le développement en IA en achetant des manuels sur le traitement du langage naturel en 2015. Il a bâti un système d’IA si performant qu’il en a eu peur, puis a transformé un projet personnel en la plateforme #1 de gestion d’appels d’offres publics et d’estimation électrique en Amérique du Nord. En chemin, il est devenu un ardent défenseur des crédits d’impôt R-D, de l’innovation en construction et de l’utilisation de l’IA pour valoriser l’expertise humaine, pas la remplacer. 

Sa philosophie :« Ne jamais bâtir la même chose deux fois. »  

En construction, chaque bâtiment est un prototype. Chaque projet comporte ses propres risques. Les entreprises qui réussissent sont celles qui misent sur la technologie pour avancer plus vite, de manière plus sécuritaire et plus intelligemment.

Le problème : une main-d’œuvre vieillissante et des angles morts en gestion des risques dans la construction 

Melvin a identifié un enjeu majeur dans l’industrie de la construction : la génération d’estimateurs expérimentés prend sa retraite, et on n’a pas assez investi dans la relève.

Ceux qui restent doivent composer avec plus de travail, des échéanciers plus serrés et des enjeux plus importants. Comme chaque projet est un prototype, il est extrêmement difficile d’avoir une idée claire des coûts et des risques réels. 

« Les entrepreneurs de taille moyenne ou plus petite n’ont pas les moyens d’avoir des équipes de juristes comme les grands joueurs. Pourtant, ils ont un besoin criant d’analyse des risques aujourd’hui. C’est là que l’IA peut vraiment aider. » 

La solution : une IA qui valorise l’expertise humaine 

Patabid automatise tout le processus d’estimation en construction avec des fonctions comme la prise de quantités automatisée à l’écran, la tarification et la main-d’œuvre automatisées, les blocs de saisie rapide, la création de plans et des assemblages préconfigurés. Mais la plateforme va plus loin : elle permet aussi de repérer des appels d’offres publics partout en Amérique du Nord et d’y soumissionner directement dans le flux de travail. 

L’idée clé : L’IA ne remplace pas l’estimateur. Elle l’appuie concrètement dans son quotidien et aide les propriétaires à mieux comprendre chaque projet, un à la fois. 

« L’IA amplifie l’humain. N’ayez jamais peur de l’IA—ayez peur de l’humain qui la contrôle. Elle va amplifier autant le bon que le mauvais. Ce qu’elle fait, c’est enlever l’excuse de ne pas réfléchir. » 

La philosophie de Melvin : chaque humain a un « superordinateur de 11 livres sur les épaules » (le cerveau). L’IA devrait libérer ce potentiel pour la créativité, la stratégie et la réflexion critique, pas pour copier des chiffres d’un fichier Excel à l’autre. 

L’histoire derrière Patabid : d’un rhinocéros laineux à 60 000 $ à une IA en production 

Le parcours de Melvin vers la fondation de Patabid a commencé par un besoin personnel : trouver un moyen de filtrer tous les appels d’offres publics en Amérique du Nord pour repérer ceux qui valent vraiment la peine. 

En 2015-2016, il a acheté des manuels sur le traitement du langage naturel et le développement en IA, puis il s’est lancé. Un Noël, en 2017, son système s’est mis à fonctionner encore mieux que prévu. 

Ils ont baptisé le système « Doug ». Et Doug avait de l’humour. 

« Il y avait un appel d’offres pour des chaises de contention pour prisonniers que Doug a classées comme mobilier de bureau. J’ai failli tomber de ma chaise en riant, parce que je me suis dit : “C’est vrai, je suis assis là-dedans en ce moment—une chaise de contention!” » 

Doug a aussi appris à Melvin qu’un rhinocéros laineux empaillé (oui, ça existe!) coûte environ 60 000 $, selon un appel d’offres d’un musée. 

Quelques années plus tard, il a rencontré Maxwell, un doctorant en informatique, qui a examiné son code et lui a demandé : « Sais-tu ce que tu as fait là? Comment t’es arrivé à ça? » 

Réponse de Melvin : « Il fallait que ça marche. J’étais sous une pression énorme et j’avais besoin que ça fonctionne, alors on a trouvé une solution. » 

Maxwell lui demande s’il a un diplôme. Melvin : « Dude, j’ai pas de diplôme. J’ai fait trois ans de génie mécanique au cégep, que j’ai étirés sur quatre parce que j’étais poche là-dedans. » 

Aujourd’hui, Patabid fait tourner son premier LLM interne, conçu spécialement pour la construction et les métiers spécialisés, sur ses propres serveurs, dans son propre centre de données.

Crédits d’impôt R-D : validation et gestion des risques 

Melvin est un fervent promoteur des crédits d’impôt R-D et des programmes gouvernementaux comme le RS&DE. 

« Chez Patabid, on a profité de crédits d’impôt R-D dans nos régions pour rendre tout ça possible. Et dans les entreprises où j’ai travaillé, on a aussi utilisé ces programmes en construction, parce qu’il y a tellement de place pour l’innovation en ce moment. » 

Son message aux entreprises de construction : « Explorez ces crédits d’impôt. On appelle ça du financement non dilutif. Si vos marges sont minces mais que vous avez une idée—vous voulez implanter un nouveau procédé, développer la préfabrication—ce genre de soutien, c’est majeur. » 

Au-delà de l’argent : « Quand vous obtenez ce financement, c’est une validation du gouvernement que vous faites vraiment de l’innovation. Ça démontre aux investisseurs que c’est sérieux. Ça prouve que vous amenez quelque chose vers la commercialisation. Et le gouvernement peut prendre plus de risques que les fonds de capital de risque institutionnels. » 

Pour les jeunes entreprises, le financement RS&DE peut démontrer la viabilité avant d’aller voir des investisseurs. Pour les entreprises en croissance, c’est du capital non dilutif qui ne touche pas à l’actionnariat.

« Vous n’avez pas besoin de prouver que vous êtes une licorne—ce qui, par définition, est impossible si vous dites la vérité. Vous pouvez le faire en mentant, mais pas en montrant la réalité objective. » 

L’écosystème : Platform Calgary et l’appui de la communauté 

Melvin attribue une grande part du succès de Patabid à l’écosystème startup de Calgary—surtout Platform Calgary—qui les a aidés à traverser les premières années difficiles. 

« On a autofinancé la compagnie pendant cinq ans. Aucun de nous ne venait d’une famille d’affaires. C’était une vraie falaise à gravir. » 

Platform Calgary offrait un espace de coworking financé par la ville et le gouvernement, où les entrepreneurs pouvaient échanger, partager leurs leçons (comme les vendeurs qui les ont floués) et élaborer des stratégies pour réussir. 

« Si vous ne venez pas d’un milieu d’affaires, vous avez besoin de ça. Et il faut être prêt à encaisser les coups et à souffrir—c’est la réalité des startups. » 

Sur la naïveté comme superpouvoir : « J’ai appris bien après avoir lancé l’entreprise que 98-99 % des startups échouent. Je suis content de ne pas avoir su ça avant d’être vraiment rentable. La naïveté peut vous donner un superpouvoir—ne pas savoir que c’est impossible, ça aide à réussir. » 

Innovation, risque et l’importance du financement gouvernemental 

Melvin a partagé une vision forte sur le financement de l’innovation : 

« L’innovation, par définition, c’est risqué. Thomas Edison a tenté d’enterrer Nikola Tesla, mais aujourd’hui, tout le monde fonctionne grâce à l’électricité AC développée par Tesla. Il est presque impossible de prédire quelles innovations vont réussir. On peut avoir une bonne intuition, mais ça reste du risque. » 

La tension : Le capitalisme pur voudrait que Wall Street prenne ce risque. Mais en réalité, Wall Street ne peut pas vraiment assumer le risque pur de la R-D. 

« Si on ne prend pas le risque quelque part, on n’innove plus. Avoir accès à du financement non dilutif à très haut risque—subventions gouvernementales et crédits d’impôt R-D—permet aux innovateurs d’essayer. Les vrais innovateurs se démarquent et avancent. »

Quel avenir pour Patabid?

Priorités 2026 : 

  • Finaliser la mise en production de leur LLM interne (actuellement en bêta chez des clients : « Aucun logiciel ne survit intact au contact de l’utilisateur—c’est fascinant de voir comment ils l’ont mis à l’épreuve! ») 
  • Lancement prochain de leur première ronde officielle de financement pour accélérer la croissance 
  • Expansion vers de nouveaux marchés en Europe et en Nouvelle-Zélande 
  • Poursuivre l’accompagnement des entrepreneurs de taille moyenne pour franchir des étapes majeures (du résidentiel au commercial, du commercial à l’industriel/hôpitaux) sans mettre leur entreprise en péril 

La mission : « Je ne veux pas que les gens se blessent—financièrement, socialement, à tous les niveaux. Les entreprises de construction mettent tout en jeu quand elles franchissent une étape. Chacune de ces étapes comporte d’énormes risques, parce qu’on ne sait pas ce qu’on ne sait pas. Patabid aide à identifier et à bien monétiser ce risque, pour que les entreprises puissent avancer en confiance. » 

Points clés à retenir  

Ne jamais bâtir la même chose deux fois – La construction, c’est du prototype en continu. L’innovation doit faire partie de chaque projet, ce qui rend les équipes admissibles aux crédits d’impôt R-D. 

L’IA valorise l’humain, elle ne le remplace pas – Plus d’excuse pour ne pas réfléchir. Libérez votre « superordinateur de 5 kg » pour la créativité et la stratégie.

Les crédits d’impôt R-D sont une validation – Le financement gouvernemental prouve que vous innovez vraiment, rassure les investisseurs et offre du capital non dilutif pour la R-D à haut risque. 

La naïveté peut être un superpouvoir – Si Melvin avait su que 98-99 % des startups échouent, il n’aurait peut-être jamais commencé. Parfois, ignorer l’impossible, c’est ce qui fait réussir. 

La communauté, c’est essentiel – Platform Calgary et les écosystèmes startups offrent un soutien crucial aux fondateurs qui ne viennent pas du monde des affaires. 

Le financement public propulse l’innovation – Les VC institutionnels ne peuvent pas prendre le risque pur de la R-D. Le financement non dilutif de programmes comme le RS&DE permet aux vrais innovateurs d’essayer—et de réussir. 

Écoutez l’épisode complet

Envie d’entendre toute l’histoire de Melvin—comment il a construit des réseaux neuronaux à partir de manuels, pourquoi Doug l’IA a classé des chaises de contention comme mobilier de bureau, et comment Patabid rend l’estimation en construction plus sécuritaire? 

Écoutez l’épisode complet de What the Tech de Boast.